AILLEURS

Vu par Titouan Lamazou, écrivain, artiste

« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient ». Rimbaud.

Enfant, j’étais solitaire et ailleurs. Je fus tenté de rejoindre les ailleurs hospitaliers des solitudes océanes et celle des voyages en terres étrangères.

« L’humanité s’apprête à produire la civilisation de masse, comme la betterave.
L’ordinaire ne comportera plus que ce plat. » Claude Lévi-Strauss.

Aujourd’hui les frontières de l’ailleurs se diluent, se referment peu à peu jusqu’à celle de mon corps. Il devient de plus en plus difficile d’identifier d’autres ailleurs.
L’infinie biodiversité de la forêt amazonienne, de la Caatinga, de la Mata Atlantica fait place au désert de la monoculture industrielle du soja. En ces terres de Tristes Tropiques, la communication intertribale en portugais est la seule chose positive que l’on pourrait, en cherchant bien, porter au crédit de cinq siècles d’invasion coloniale. Ce qui ne justifiait probablement pas l’extermination de cinq millions d’indigènes.
Je ne parle pas la langue de mon père qui, lui-même, ne parlait pas le français en entrant à l’école laïque, obligatoire et francophone.

« Ne nous flattons pas d’assimiler les mœurs, les races, les nations, les autres ; mais au contraire, réjouissons-nous de ne le pouvoir jamais, nous réservant ainsi la perdurabilité du plaisir de sentir le divers. » Victor Segalen

 

DEFINITION

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