L’émotion que procurent les rencontres sportives naît généralement des représentations et des symboles qui y sont associés. Privées d’enjeu, les « rencontres amicales » enflamment moins les imaginations : les regards ne s’y toisent pas, les maillots se mouillent peu, les contacts perdent en rugosité.

Dans le football, il y a fréquemment une « rencontre dans la rencontre », comprenons deux joueurs d’équipes adverses qui cherchent à régler des comptes sur le terrain. Souvent JUBILATOIRES pour le spectateur, ces duels ont parfois des conséquences inattendues. Pensons au coup de boule de Zidane sur la poitrine de l’infortuné Materazzi, et l’expulsion qui s’ensuivit. Ce qu’on appelle partir « sur un coup de tête ». Ce geste pourtant dépourvu de TACT a fait le tour de la planète et alimenté d’inlassables discussions au comptoir de nos cafés.

Après tout, ont même avancé certains, le coup n’a pas atteint le VISAGE…
Bref, la « petite rencontre » a presque éclipsé la grande.

En 1974, à Kinshasa, le « combat du siècle » entre Mohamed Ali, alias Cassius Clay, et George Foreman, marqua profondément l’histoire du sport. Tout opposait le premier, boxeur vieillissant, mais toujours flamboyant, figure emblématique de la défense des droits civiques des Noirs, au second, jeune « bulldozer » réputé invincible et qui pourtant fut mis KO à la huitième reprise. Une rencontre dont il ne se releva pas… mais qui fut aussi une occasion pour le régime zaïrois de redorer un blason passablement terni.

Le sport offre parfois une caisse de résonance aux préoccupations politiques.
Aux Jeux olympiques de Mexico, en 1968, deux athlètes américains baissent la tête et lèvent leur poing ganté de noir sur le podium de remise des médailles, pendant que retentit l’hymne national. Ce faisant, ils pointent la BOUSSOLE de millions de téléspectateurs sur la ségrégation raciale aux États-Unis. Les intéressés ont payé leur soutien ainsi marqué au mouvement des Black Panthers par une expulsion à vie des Jeux par le Comité olympique.

En pleine guerre froide, le ping-pong permit de jeter une PASSERELLE entre la Chine et les États-Unis. Les deux superpuissances rivales cherchent alors, en 1971, un moyen de s’APPRIVOISER sans trop désavouer leur entreprise de diabolisation réciproque. Les rencontres « Chine-USA » ne présentent aucun intérêt au plan sportif, tant est grande la différence de niveau entre les deux formations. Les véritables enjeux sont ailleurs : en marge des compétitions, le rapprochement économique entre les deux nations est à l’oeuvre. Depuis lors, on emploie l’expression « diplomatie du ping-pong » pour désigner ces démarches de conciliation internationale par le biais de rencontres sportives.
De politique internationale, il est question aussi dans les échecs, sport cérébral peu propice à la PALABRE. En battant assez facilement le russe Boris Spassky, l’américain Bobby Fischer devient champion du monde en 1972 et met ainsi temporairement fin à l’hégémonie soviétique dans le monde des échecs. Dans les années 1980, les rencontres entre deux Russes aux styles de jeu et aux engagements politiques antagonistes, Anatoli Karpov et Garry Kasparov, vont accompagner la désintégration de l’empire soviétique.
En fin de compte, ne serait-ce pas dans ces troisièmes mi-temps à la convivialité tapageuse, où les protagonistes à tu et à TOI sont invités à S’ATTABLER pour déguster RHIZOMES comestibles et autres nourritures, que s’incarne encore le mieux ce moment de plaisir partagé que devrait être avant tout la rencontre sportive ?